Le SEO se démocratise en France et nous avons eu le plaisir d'échanger avec Laurent Bourrelly, la rockstar du référencement, pour une interview sans concession !

 

+ Laurent, peux-tu te présenter ton activité en quelques mots : ton parcours, ta société, depuis quand exerces-tu...

Je me positionne en tant que consultant en référencement; c'est-à-dire que mon rôle se situe strictement comme conseil pour les entreprises et organisations qui souhaitent performer en référencement naturel.

Le choix de faire uniquement du conseil tient au fait que je bosse aussi sur mes propres synergies Web. Etre efficace sur le plan opérationnel pour les autres et pour moi-même ne serait pas viable. En général, je peux m'impliquer seulement pour un ou deux clients par an en actionnant moi-même les leviers.

Mon parcours est assez atypique comme la plupart des professionnels du Web. J'ai grandi en France, mais j'ai eu la chance de faire mes études supérieures dans une université américaine (1990 - 1994). Mon cursus était Sciences Politiques. Ensuite, j'ai travaillé à New York dans la communication et le marketing; jusqu'en 1997 où un douanier m'a empêché de rentrer dans le pays puisque ça faisait deux années que je vivais sur place sans visa. Comme beaucoup, je faisais des allers retours tous les 3 mois sur un visa de tourisme.

Pourtant, Internet était dans mon collimateur depuis toujours. Je disposais d'un accès au réseau pendant mes études et j'ai eu une  connexion Internet dès 1994. Le médian me fascinait et j'entrevoyais d'énormes possibilités, mais je pense aussi qu'il ne faut pas être en avance ni en retard dans le business. Du coup, j'étais occupé à d'autres choses tout autant fascinantes en attendant d'être pile à l'heure. Ca me semble même assez étrange de voir certains qui sont dans le business depuis la fin des années 90.

En 2003, l'oncle de ma femme me demande si je peux construire le site Web de son agence immobilière. Faut dire que j'avais la réputation d'un techos passionné d'informatique (aujourd'hui, je possède une collection de plus de 50 ordinateurs vintage - surtout Apple). Je n'avais jamais réalisé de site, mais j'ai appris sur le tas et ensuite tout s'est enchaîné très vite. Pendant quelques mois, j'ai fait des sites Web pour des clients, puis est arrivé le concours de référencement historique "mangeur de cigogne".

Ce n'est pas réellement ma 3ème place qui fût la révélation, mais plutôt les étroites amitiés tissées pendant le concours et un autre aspect plus irrationnel. Pendant les 3 mois du concours, nous étions quelques uns à se réunir chaque nuit, au moment où Google effectuait son refresh sur tous ses datacenters pour calculer le positionnement du lendemain. Nous faisions nos actions la journée, pour monter ou faire tomber les autres, puis nous auscultions les effets la nuit. Après 3 mois de ce traitement, il se passe quelque chose d'assez surnaturel puisque tu t'imprègnes de l'algorithme. Sans avoir besoin de mettre à plat la formule mathématique, tu arrives à comprendre les mécanismes et surtout anticiper les attentes du moteur. Par dessus tout, tu arrives à assimiler l'indispensable ligne jaune qui détermine la limite entre des actions qui seront assez puissantes pour engendrer un effet positif, tout en appréhendant lorsque tu "pousses" trop loin.


+ Tel le JL Mélanchon de la sphère SEO, tes prises de position sans concession sont entrées dans la légende ! C'est une marque de fabrique ?

Je ne sais pas si c'est une marque de fabrique, mais c'est naturel. Ce qui n'est pas forcément le cas pour une personnalité politique...

Parfois, c'est un peu Don Quichotte contre les moulins à vent, mais j'ai sans doute l'envie de faire passer un message lorsque je vois quelque chose qui ne tourne pas rond. Sinon, je sais aussi changer d'avis lorsqu'on arrive à me persuader. Cela aussi fait partie de ma manière de fonctionner; ne jamais être arrêté sur des acquis.


+ Tu ne supportes pas les techniques BH (Basse Hypocrisie) de certaines agences et le double discours de certains de tes confrères ?

Voilà tu as tout compris! Les pratiques bordelines ne me posent pas de problème, mais les hypocrites qui annoncent blanc par devant pour dire noir par derrière.

Le référencement n'est pas du tout le seul secteur où la langue de bois et l'hypocrisie sont monnaie courante, mais j'ose m'offusquer puisque c'est ma juridiction.

A une époque, je partais en croisade contre tous les maux de notre société, notamment au travers de mon blog Adicie.com, mais il suffit de regarder la date du dernier billet posté pour comprendre que j'arrête de me prendre la tête avec tout ce qui me dérange.


+ Hardeur du SEO, tu prônes l'utilisation des pilules bleues et le dopage pour booster les sites internet ! Black Hat forever ?

Prendre la pilule bleue en toute connaissance de la notice d'utilisation et des contre-indications. C'est marrant qu'on m'assimile au Black Hat car je ne me revendique pas du côté obscur de La Force.

En fait, je ne me retrouve plus trop dans la nouvelle génération qui se contente de savoir configurer un Xrumer ou LFE. Le spirit hacker d'antan est plus mon leitmotiv que spammer à tout va pour le simple objectif de générer du chiffre d'affaires.


+ Que réponds-tu à un prospect qui souhaite être positionné en première page de Google sur un mot clé ultra-concurrentiel avec un budget de 5000 € ?

Que je peux lui montrer comment faire pour cette somme, mais il va falloir qu'il s'attelle au boulot lui-même.

Tout ce que je peux faire en tant que consultant est de montrer comme éviter les chemins de traverses pour suivre la stratégie la plus limpide qui soit afin d'arriver à des objectifs performants et pérennes. On peut déjà bosser ensemble pour moins de la moitié de cette somme. J'ai mis en place certaines prestations qui permettent de faire le tour de la question pour une somme tout à fait raisonnable.

Bien sûr, ce n'est qu'un premier round, mais c'est suffisant pour arriver à ses objectifs principaux. Ensuite, on peut toujours continuer pour franchir des paliers supplémentaires. Si tu veux que je mette la main à la pâte pour toi, il faut clairement ajouter au minimum un zéro. Pareil s'il faut s'atteler à produire des audits écrits et autres documents qui prennent du temps à rédiger.

Finalement, je reste très bon marché puisque j'habite en Andorre où je n'ai pas les mêmes charges que vous autres français. En plus, une heure de conseil est véritablement remplie d'éléments concrets qui vont faire la différence. Même si je prends comme tarif de base 150€ de l'heure, on peut voir tout ce qu'il faut en une dizaine d'heures.


+ Qui sont tes clients ? as-tu vécu des situations ubuesques ? des anecdotes à nous faire partager ?

Ce qui me fait continuer à prendre le rôle de consultant, plutôt que m'occuper uniquement de mes propres sites, se rapporte à la variété de projets que j'ai approché.

Par exemple, en sous-traitant pour des agences, j'accèdes à des gros players du Web, des sociétés du CAC 40 ou des administrations, etc. Il y a tout un processus dans lequel je représente uniquement un petit maillon, mais c'est assez Kafkaïen ou ubuesque de voir passer 10 PowerPoint et 50 validations par 20 personnes différentes pour changer une balise TITLE. La valeur ajoutée existe pour ce type de clients, mais l'échelle des valeurs n'est pas la même que pour le commun des sites Web commerciaux.

Le client que je gère en direct sera plutôt un pure player, une PME ou même un individuel. La relation est beaucoup plus proche et on fait un bout de route ensemble pendant plus longtemps.

+ Que penses-tu de la décision de Google de modifier ses algorithmes pour l'Europe en réponse à l’enquête anti-trust (position dominante) de l’UE ?

Il me semble que les propos d'Eric Schmidt ont été pris hors du contexte dans ce cas précis. Google considère changer son algorithme, mais n'aurait pas pris la décision.

Puis en fait, si jamais le moteur modifie effectivement quelque chose, il ne dévoilera jamais en quoi ces modifications consistent précisément.

Globalement, on ne peut que subir ces évolutions. C'est la loi du capitalisme comme l'évoque Julien dans son billet sur Panda.


+ Le mot de la fin...

Faut pas voir les choses comme ça, mais plutôt comme le mot du début. Tu sais, le truc du verre à moitié plein, blabla...

Tes questions étaient vraiment sympathiques. Merci d'avoir pensé à moi pour bafouiller chez toi.

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